dimanche 19 novembre 2017

ENQUETE: QUELLES SONT LES LIMITES DU HUREPOIX?


On définit aujourd'hui le Hurepoix comme la région naturelle comprise entre la Seine au nord, la Brie à l'est, la Beauce au sud, la forêt de Rambouillet à l'ouest.
Cette définition laisse du flou. Avant le XVIIe siècle, la localisation et l'extension du Hurepoix étaient plus qu'incertaines.  Les cartographes du XVIIe et du XVIIIe siècle se contredisent encore sur le sujet.


Carte de 1754 (source: bibliothèque nationale).


Cette carte ancienne, qui nous a été communiquée par un internaute, fixe à peu près les limites du Hurepoix telles qu'on les voit aujourd'hui.
La "région naturelle" du Hurepoix s'étend jusqu'à Paris au nord, jusqu'aux abords d'Etampes au sud. Elle englobe hardiment la région de La Ferté Alais à l'est. A l'ouest, elle englobe Chevreuse, Dampierre, les Vaux de Cernay, Rochefort en Yvelines, Saint-Arnoult en Yvelines...

Région naturelle?
On peut la définir comme un plateau prolongeant la Beauce , mais creusé par les vallées de plusieurs rivières qui convergent vers la Seine: vallée de la Bièvre au nord, puis de l'Yvette, de l'Orge et de ses affluents la Rémarde et la Renarde, de la Juine qui rejoint l'Essonne, et enfin de l'Ecole au sud est.
Cette carte de l'hydographie de l'Essonne montre bien cette structuration:

De ce point de vue, on peut dire que la région a une certaine unité, même s'il existe des paysages très variés en son sein.

LA CARTE  de Claude et Jacques SEIGNOLLE (1936):

Préparant un ouvrage sur le folklore du Hurepoix, ils ont cherché à déterminer les limites de la région; ils l'ont fait en allant demander aux habitants ayant une attache familiale locale ancienne: vivez-vous en Hurepoix?

A l'issue de leurs recherches, bien que considérant la carte de 1754 comme la plus fiable, ils en ont élaboré une autre qui est légèrement différente: au nord ouest, pour eux, des communes comme Le Mesnil Saint Denis et environs, Montigny le Bretonneux, ou encore Meudon font bien partie du Hurepoix. A l'ouest, Clairefontaine en Yvelines serait la limite extrême. Au sud, comme dans la carte de 1754, ils n'englobent pas Etampes. En revanche, au sud est, ils incluent la vallée de l'Ecole et donc une frange de la Seine et Marne.
Les départements d'aujourd'hui correspondant à l'ancien Hurepoix seraient: le plus gros de l'Essonne, la frange sud est des Yvelines, une partie du Val de Marne et des Hauts de Seine, une frange de la Seine et Marne.

LA RIVE GAUCHE DE LA SEINE A PARIS, LIMITE NORD?

Longtemps Paris s'est arrêtée à la montagne Ste Geneviève... On peut donc dire que les zones situées plus  au sud faisaient à l'origine partie du Hurepoix!
Pour parler d'une période plus récente, on sait par exemple que le quartier de l'actuelle place d'Italie (la Butte aux cailles notamment) n'a été incorporé dans Paris qu'en 1860; la Butte aux cailles appartenait jusque là à Gentilly, donc faisait encore clairement partie du Hurepoix.

AUJOURD'HUI LA REFERENCE AU HUREPOIX EST PLUTOT UTILISEE DANS LA PARTIE SUD DE LA REGION:

Les références au Hurepoix abondent dans la partie sud, principalement entre Palaiseau et la région de Dourdan. 2 villes accolent le mot à leur nom: Limours en Hurepoix, et Marolles en Hurepoix. Il existe un musée du Hurepoix à Palaiseau. Un chemin de grande randonnée, qui semble joindre la vallée de la Bièvre au Dourdannais, a été baptisé "GR des pays du Hurepoix". De multiples associations ou entreprises se réfèrent au Hurepoix : comité du Hurepoix (club de bridge) à Marcoussis, Sictom du Hurepoix, Hurepoix multiservices à St Michel sur Orge, société des artistes du Hurepoix à Ste Geneviève des Bois, Hurepoix Kendo club à Bonnelles...Certaines associations ignorent superbement le h aspiré dans leur désignation: l'Ensemble musical de l'Hurepoix aux Molières; la cave de l'Hurepoix, à Limours; les archers de l'Hurepoix à Dourdan; les pépinières de l'Hurepoix à Vert le Grand ; la Geste de l'Hurepoix (association médiévale) à St Michel sur Orge..etc..Un nouveau festival à Saint-Chéron a pris le nom de Hurepoix'Folies...
La seule mention plus septentrionale que nous trouvons est à Sceaux, avec le "groupe des centraliens Sceaux-Hurepoix".

Les rues du HUREPOIX:

Un internaute me communique  une recherche sur les "rues du Hurepoix" dans la région: il y en aurait par exemple à Limours, Brouy, Corbreuse, Brétigny sur Orge, Ablis, Lisses , communes toutes situées dans la partie sud. On en trouve même une à Savigny le Temple, village de Seine et Marne en principe hors Hurepoix : dans ce cas, on peut penser que c'est la rue qui mène vers le Hurepoix (ce qu'il faudrait vérifier). Tout ceci laisse penser que le sentiment d'appartenance au Hurepoix est plus fort dans le sud.
Mais, découverte intéressante, il existait une rue du Hurepoix à Paris, sur la rive gauche de la Seine, au nord du quartier latin: en 1805 elle a été rattachée au quai des Grands Augustins. C'est la partie actuelle du quai qui va du Pont Saint-Michel à la rue Gît le Cœur, elle est donc parallèle à la Seine. Peut-on y voir un signe du fait que le Hurepoix n'était pas loin? Nous avons dit que vraisemblablement à l'origine, le Hurepoix avait comme limite la rive gauche de la Seine.

La rue du Hurepoix à Paris - Dessin de 1860. Musée Carnavalet.

Stéphane Gautier, de Dourdan, me transmet un formidable document extrait d'un ouvrage daté de 1789 et que voici.

Non seulement ce document nous donne une origine du mot Hurepoix, mais il confirme implicitement que le Hurepoix autrefois s'étendait jusqu'à la rive gauche de la Seine, puisque l'Université (quartier latin) était considérée comme faisant partie du Hurepoix (ce qui n'était plus le cas en 1789). On a aussi la raison pour laquelle il existait une "rue du Hurepoix" à Paris. Il est amusant de constater que les "gens du monde" employaient le mot Hurepoix avec une connotation péjorative. Etre du "quartier du Hurepoix" était mal vu d'eux.

Un sentiment d'appartenance en partie perdu:
On peut penser qu'en raison de l'urbanisation massive de la partie Nord et de la disparition en conséquence du paysage naturel et de l'essentiel de l'habitat d'origine, on ne peut plus guère "se sentir du Hurepoix" dans cette zone. D'autant plus que les nouveaux habitants viennent d'autres régions, les autochtones se sont vraisemblablement raréfiés, on n'a plus conscience d'une telle appartenance. Il est donc logique que ce soit dans le sud, où le paysage et les vestiges de la ruralité, et aussi du patrimoine historique, sont toujours là, bien visibles, que la conscience d'une telle appartenance soit plus grande.

On pourrait presque dire qu'il ne reste plus à cet égard de l'ancien Hurepoix que la partie sud, comprise entre Verrières le Buisson et Dourdan.

Néanmoins, dans les zones plus urbanisées au patrimoine ancien riche, il est certain aussi que les "sociétés historiques" locales jouent leur rôle pour contribuer à une prise de conscience de cette appartenance .

LE CAS DES ULIS:
Aux Ulis, de même, ville créée de toutes pièces il y a 40 ans, on n'a pas de passé local lointain, d'autant que tous les habitants viennent d'ailleurs, souvent d'autres continents. Mais justement, je crois qu'il est intéressant d'inciter chacun, s'il est attaché au lieu où il vit, à prendre conscience de l' identité ancienne du territoire où se trouve sa ville, et de se l'approprier davantage; non? D'autant que dans ce cas précis, le Hurepoix en tant que paysage est à portée de vue! Il suffit de traverser une route, au sud  de la commune, pour se retrouver dans un cadre encore très rural.

C'est grâce à un échange dans le nouveau groupe J'AIME LE HUREPOIX que nous venons de créer sur FACEBOOK  que nous avons pu réunir ces documents:
REJOIGNEZ-NOUS sur Facebook!

Merci à Stéphane Gautier, de Dourdan, qui nous a fourni fourni la carte de 1754 et plusieurs autres documents fort intéressants.

Merci à Ludo Cassinari, des Ulis, de ses contributions.

Merci aussi à Renée Delattre, du syndicat d'Initiative de Vauhallan, des indications qu'elle nous a fournies.


Autre source: Le folklore du Hurepoix par Claude et Jacques Seignolle 1936 (réédité en 1978) .Edition G.P.MAISONNEUVE ET LAROSE, PARIS 1978.


                                               LE HUREPOIX VU PAR PEGUY:

Nous arrivons vers vous du noble Hurepoix
C’est un commencement de Beauce à notre usage,
Des fermes et des champs taillés à votre image,
Mais coupés plus souvent par des rideaux de bois

Et coupés plus souvent par de creuses vallées
Pour l’Yvette et la Bièvre et leurs accroissements,
Et leurs savants détours et leurs dégagements.
Et par les beaux châteaux et leurs longues allées.         (C. Péguy)

les beaux châteaux et leurs longues allées.  C. Peguy
Parc du château de Jeurre.

samedi 18 novembre 2017

FRESNES: DU VILLAGE DU HUREPOIX A LA VILLE DE BANLIEUE.

Mais oui, FRESNES fait partie du Hurepoix, même si la plupart de ses habitants n'en sont certainement pas conscients , tant le petit village s'est transformé rapidement, en particulier dans les années 1950-1960 en raison d'une urbanisation massive due à l'afflux de nouveaux habitants venus du sud de Paris mais surtout de province. Le caractère rural d'autrefois a quasiment été gommé, même s'il en reste quelques vestiges, soigneusement préservés par la mairie et grâce à l'action des associations.

Photo: Christian Coullaud -1964. La ville de banlieue encore en gestation.

Du village du Hurepoix à la ville de banlieue:

A la veille de la Révolution, Fresnes était encore un petit village du Hurepoix de 260 habitants, qui exploitaient des terres labourables, des bois, des vignes, des prés et prairies sur une superficie de 358 hectares. 3 seigneuries étaient présentes sur son territoire: celles de Fresnes, de Berny, et de Tourvoie.
Par la suite, il y aura longtemps peu de changements. Les seules activités non agricoles seront  la briquetterie et la fabrication de tuiles. Au XIXe siècle , quelques maisons bourgeoises s'ajoutent aux maisons et aux fermes de la grand rue. La construction de la prison en 1898 entraîne une première hausse de la population, car il faut loger les familles des gardiens. De 853 habitants en 1896, on passe à 2400 habitants en 1901. Cependant, dans la première moitié du XXe siècle, le domaine bâti ne représente encore que 10 hectares sur 341 hectares. Les maisons sont au nombre de 125, le village compte en outre une vingtaine d'ateliers d'artisans et neuf exploitations agricoles.
Ce n'est que dans les années 1930 qu'apparaissent les premiers lotissements . La population passe alors de 3 688 habitants en 1926 à 6023 en 1936. Le bond principal en termes de population s'effectue après 1950, avec la construction de plusieurs grands ensembles: on passe de 7750 habitants en 1954 à 21527 en 1962! Au recensement de 2014, la ville comptait 26808 habitants.

Une très belle exposition, à la ferme de Cottinville, rue Maurice Ténine, retrace avec force documents et témoignages à l'appui, la transformation radicale de la commune qui est intervenue à partir des années 50-60. Elle est intitulée: "HABITANTS, BATISSEURS DE BANLIEUE" et est visible jusqu'en FEVRIER 2018;

                                                                 FRESNES EN 1949:
                                      Il restait encore des terres cultivées notamment à l'Est..

FRESNES EN 1976:
on observera l'extension du bâti par rapport à 1949.
A droite, on voit le tracé de l'autoroute, construite entre temps.

Ces deux  photographies aériennes sont actuellement présentées à l'écomusée de Fresnes , dans la ferme de Cottinville, dans le cadre de l' exposition sur l'évolution de la ville.


1954 : LE CENTRE VILLE AVAIT ENCORE UN CHARME RURAL:


La voici immortalisée telle qu'elle était encore en 1954  par René Bondonet, un peintre local.
(tableau exposé à l'écomusée de Fresnes lors d'une exposition sur l'évolution de la ville....)
Donnons la parole à Christian Coullaud, qui habite la commune depuis de longues années:
"Les gens désignaient ce lieu comme la "petite place". Plusieurs cartes postales du début du 20e siècle la représentent. Il y avait une fontaine sur chaque place, sur celle-ci et sur la place de l'église où il fallait tourner une manivelle pour faire monter l'eau. Cela amusait les enfants."

Et la voici en 2017. Photo: JMS
Cette partie de la commune a été à peu près préservée, même si l'endroit a beaucoup perdu de son charme , défiguré qu'il est par feux rouges, panneaux, emploi du bitume, traçage des passages protégés, disparition de l'arbre et de la charmante fontaine...

FRESNES EN 1964:

Il y avait encore de l'espace libre, comme en attestent les photos suivantes , qui nous ont été communiquées par Christian Coullaud, habitant de longue date:

Les barres d'immeubles étaient déjà là, mais la campagne n'avait pas encore totalement disparu.

Un scène comme on n'en voit plus aujourd'hui...


*A VOIR ACTUELLEMENT  A LA FERME DE COTTINVILLE jusqu'en février 2018:
une très belle exposition intitulée
HABITANTS, BATISSEURS DE BANLIEUE
Elle retrace l'histoire et l'évolution de la ville depuis l'explosion démographique des années 50-70.
Ecomusée du Val de Bièvre, rue Maurice Ténine. Entrée libre.

                                La ferme de Cottinville (12e-17e -18e s).
                                                Un vestige préservé de l'ancien village .
                                        Sa cour carrée est typique des fermes du Hurepoix.


A DECOUVRIR:

A LA RECHERCHE DU VIEUX FRESNES:

Guidés par Simone et Christian, deux Fresnois de longue date, nous sommes allés à la recherche des vestiges de l'ancien village du Hurepoix et de ses trois seigneuries d'antan:

CLIQUER SUR:










mercredi 15 novembre 2017

A LA RECHERCHE DU VIEUX FRESNES .

FRESNES fait partie de l'ancien pays du Hurepoix (1), même si la plupart de ses habitants n'en sont certainement pas conscients , tant le petit village s'est transformé rapidement, en particulier dans les années 1950-1960 en raison d'une urbanisation massive due à l'afflux de nouveaux habitants venus du sud de Paris mais surtout de province. Le caractère rural d'autrefois a quasiment été gommé, même s'il en reste quelques vestiges, soigneusement préservés par la mairie et grâce à l'action des associations.

Guidés par deux Fresnois de longue date, Simone et Christian, nous sommes allés à la recherche des vestiges du Fresnes d'autrefois, aussi bien de l'ancien village , que des trois seigneuries qui existaient jadis sur son territoire. 

Nous visitons d'abord  l'église:

                                          DECOUVERTE DE L'EGLISE SAINT-ELOI:


Dédiée à St Eloi, le fameux ministre de Dagobert, elle aurait été construite au XIIe siècle, puis aurait été en grande partie rebâtie  au XVIe. Elle a été restaurée au XIXe et rénovée intérieurement en 1953. Elle aurait été précédée d'un oratoire au IXe- XIIe siècles. 

Les arcs de sa façade ont été ornés en 2003 de sculptures et éléments décoratifs réalisés par le sculpteur Stéphane Daireaux. Au fronton est figuré Saint Eloi.

Ici est figuré l'arbre du lien," illustrant l'envie d'unification et d'harmonisation d'une société naissante."
Avec l'aide de Corinne Lelong, il décore la sculpture ou ce qui l'encadre avec de la mosaïque, du grès cérame, de la pierre, de la feuille de cuivre , du laiton doré...

A droite, l'arbre de la parole, "désignant des méandres de pierre entre bouches et oreilles."
Au moment de l'exécution, une large baie a été découverte et dégagée.

Vue arrière: elle est à chevet plat, percé d'un triplet, et de deux oculus.


Le tympan arrière est également consacré à Saint Eloi.

Sur une tourelle qui flanque le clocher, côté sud, on trouve une inscription (incomplète) datée de 1538 qui semble prouver qu'il y a bien eu une reconstruction de l'église au XVIe siècle.

Voici ce qu'elle dit:
..............................
ONT FAIT ASSEOIR LA
PREMIERE PIERRE LE XIVe
JOUR DE MAI 1538.
Cette pierre gravée a été classée aux Monuments historiques en 1973.

Elle comporte une nef centrale flanquée de deux nefs latérales, sans transept.

Le chœur est la partie la plus ancienne de l'église, donc sans doute au moins du XIIIe. Le reste a été reconstruit par la suite .

Il est de style ogival.
Les trois vitraux représentent de g à dr: St Vincent de Paul, St Eloi, St Louis.
On distingue au premier plan une croix, qui a été fabriquée par d'anciens prisonniers en 1954, sous la houlette de l'abbé Jean Popot, ancien aumônier de la prison. Le chœur  été restauré également en 1954.

L'entrée du chœur est encadrée de colonnes aux chapiteaux d'aspect assez hétéroclite

Celui de gauche  semble être orné de figures humaines ou animales, et ferait penser à un chapiteau roman plus ancien. Celui de droite serait plutôt de style corinthien (à feuilles d'acanthe) et donc peut-être d'époque Renaissance (du XVIe)?

Ici, il reste des traces de la peinture noire qui était appliquée sur les parois en signe de deuil , certainement lors du décès de personnages importants.

Côté ouest, un magnifique orgue espagnol de 1768, acquis en 2011, a été installé en 2014 et inauguré en 2015. Il avait été réalisé par Joseph et Jaime de Fuentes pour le couvent de Buenafuente del Sistal (région de Valence). Il a été acquis et remis en état par une association, L'art de la fugue. Une souscription auprès des fidèles  et d'entreprises avait été ouverte pour son financement : il s'agissait de parrainer un tuyau d'orgue!

Soigneusement protégée des vols, la statue en bois doré de Saint Eloi est visible dans le bas côté droit. Elle date du XVIIIe siècle.

La statue en pierre de la vierge à l'Enfant (dans l'oratoire situé à droite du chœur) daterait du XVIe siècle. Cachée dans le mur d'une maison pendant la Révolution, elle y avait été oubliée. Elle fut retrouvée en 1869 à l'occasion de travaux. Elle y sera d'abord exposée dans une niche. L'abbé Gros la replacera dans l'église en 1926. Il est possible que l'enfant Jésus, de facture plus grossière, ait été refait postérieurement.
Dans le bas côté droit, on découvre la dalle funéraire gravée de Philippe de Cannaye, seigneur de Fresnes, conseiller d'Henri IV. Il fut inhumé dans le chœur de l'église en 1610. Ses armoiries sont aujourd'hui indéchiffrables.

A droite de l'entrée de l'église, dans le bas côté, est exposé ce sarcophage mérovingien en calcaire fin de l'Avalonnais, trouvé dans le cimetière primitif de la commune (marqué aujourd'hui par une simple croix au sommet d'un tertre). Il daterait de fin VIe début VIIe siècle.

Les stries du coffrage sont un élément caractéristique de l'époque. Plusieurs squelettes y étaient surperposés lors de sa découverte.

Cette assomption de la Vierge (bas côté sud, à gauche de l'entrée), est-ce une copie du XIXe s d'un Murillo du XVIIe comme on le pensait jusqu'ici? Ou une œuvre d'Etienne Jeaurat (1699-1789) , venue de l'église Saint Séverin?

Sur les parois de l'église s'égrène un chemin de croix réalisé par Jean-Marie Creuzeau (qui a fondé l'Ecole d'Art de Fresnes).

Une curiosité: l'ancien confessionnal. Le prêtre s'y enfermait pour écouter ses ouailles, qui , elles , restaient à l'extérieur.

Nous n'avons pas vu la cloche de l'église, appelée Louise-Elisabeth, offerte en 1749 par le châtelain de Berny et seigneur de Fresnes Louis de Bourbon, comte de Clermont, abbé commendataire de Saint-Germain des ¨Prés , et sa maîtresse Elisabeth Leduc, qu'il avait installée au château de Tourvoie ... et qui porte donc leurs prénoms!

UNE 2e EGLISE A FRESNES : NOTRE DAME DE LA MERCI!

Située à deux pas de la première, elle a été construite de 1958 à 1960 dans un style moderne. La raison: l'église Saint-Eloi était devenue trop petite en raison de l'augmentation phénoménale de la population dans ces années -là !
Une originalité: sa crypte a pris la place d'une ancienne glacière, où avait été aménagée par la suite une grotte de Lourdes.
Saint Eloi restera désormais l'église "de la prière solitaire et des cérémonies familiales", indique le bulletin de la paroisse de l'époque.

La glacière (le frigo d'autrefois)  avant la construction de la nouvelle église.
Il y en avait deux autres plus petites, détruites à cause de la proximité du patronage, et une 4e près du château de Tourvoye.
Document de la collection de  l'Ecomusée.

UN PETIT TOUR DANS L'ANCIEN CENTRE DU VILLAGE:

La rue Maurice Ténine, qui part de l'église Saint Eloi, est l'axe central de l'ancien village.

Il était une fois, à Fresnes, une charmante petite place...


La petite place située au carrefour des rues Ténine et Chailloux avait encore un charme rural en 1954, quand  René Bondonet, un artiste local, l'a peinte.
(tableau exposé à l'écomusée de Fresnes lors d'une exposition sur l'évolution de la ville....)
Donnons la parole à Christian , qui habite la commune depuis de longues années:
"Les gens désignaient ce lieu comme la "petite place". Plusieurs cartes postales du début du 20e siècle la représentent. Il y avait une fontaine sur chaque place, sur celle-ci et sur la place de l'église où il fallait tourner une manivelle pour faire monter l'eau. Cela amusait les enfants."

Et la voici en 2017. Photo: JMS
C'est un des coins de la commune où les maisons de l'ancien village ont été préservées. Bien sûr,  l'endroit a beaucoup perdu de son charme , défiguré qu'il est par feux rouges, panneaux, emploi du bitume, traçage des passages protégés, disparition de l'arbre et de la charmante fontaine...


Une des maisons anciennes de Fresnes (la façade a été refaite).

En voici une autre, qui fut récemment une boulangerie.

La maison Chailloux est devenue un petit musée d'Art contemporain. Sa dernière propriétaire, une demoiselle Chailloux, l'a léguée à la ville à condition qu'on en fasse quelque chose pour l'art.

Ici, nous apercevons une belle maison de maître. A gauche se trouve la maison du gardien.

Elle date du XVIIe siècle et a été construite en pierre du pays. En 1833 , Suzanne Brohan, comédienne reconnue, qui entrera bientôt à la Comédie française, l'acquiert et y vivra de nombreuses années avec ses filles  Augustine et Madeleine, qui seront aussi comédiennes  et membres de cette illustre institution. Augustine sera admirée par Victor Hugo et Alfred de Musset, qui écrit pour elle Louison. C'était auparavant un relais de chasse du domaine de Berny. Augustine habitait encore la maison en 1898.

A l'arrière de la propriété, on peut apercevoir un magnifique marronnier, sous lequel Alfred de Musset se serait installé pour écrire, lors d'un séjour de trois semaines chez les Brohan. Il composera d'ailleurs un madrigal pour Augustine.

Dans la rue Ténine encore, on peut voir une très belle maison de maître du XIXe siècle, la villa Marguerite. Elle est occupée par une communauté de sœurs de Saint Vincent de Paul. Elle a d'abord accueilli des jeunes filles atteintes de la tuberculose, et maintenant elle héberge des gens qui viennent visiter des prisonniers.

Nous nous engageons, à gauche de la villa Marguerite, dans une voie qui mène à un parc..

Au passage, nous remarquons le blason de Fresnes : un frêne, bien sûr, surmontant un mouton (référence au passé agricole du village?).


Accroché au mur latéral de la propriété Marguerite, un très joli colombier. Il devait faire partie des communs.

Nous traversons alors le parc André Villette : il est visiblement constitué d'une partie de l'ancien parc de la villa Marguerite récupérée par la commune et ouverte au public."J' ai connu cet endroit fermé", me confirme Simone. Un espace vert bienvenu dans le centre ville...

Surprise, nous dérangeons une volée de perruches! De ces perruches qui se sont multipliées dans la région parisienne, depuis, dit-on, que quelques spécimens se sont échappés d'une malle éventrée à l'aéroport d'Orly...

Ce sont , paraît-il , des perruches à collier. Celle ci n'a pas de collier, car c'est une femelle.

Nous voilà à présent sur le "tertre Montjean", point le plus élevé de Fresnes (90 m), où se trouve une croix (ou ce qu'il en reste car elle a été vandalisée) qui daterait du XIIIe s. Elle était au centre d'un ancien cimetière, qui a été déplacé. 3 bancs sont aussi placés sur le site.

La partie supérieure est finement sculptée, on remarque une tour médiévale et une colonne. Sur la croix elle-même (perdue) figuraient le Christ et la Vierge.

Voici la croix telle qu'elle était à l'origine. Elle a été restaurée en 1990.


LA MAIRIE.

Toute proche de l'église, la mairie a été construite en 1887. Elle abritait la mairie elle-même, les écoles, et le bureau de poste. Elle a été construite en pierre meulière. En raison de l'augmentation de la population, elle a été surélevée par la suite. Les parties garnies d'un revêtement de brique sont celles qui ont été ajoutées.

                       A LA RECHERCHE DES ANCIENS DOMAINES SEIGNEURIAUX:
                                 
                                                              FRESNES autrefois.



Cette carte nous donne une idée de ce qu'était Fresnes avant le XVIIe siècle. C'est assez saisissant! Et elle nous permet aussi de percevoir la topographie du territoire: au fond, sur une hauteur, le village de Fresnes , avec sa ferme seigneuriale de Cottinville; au premier plan, dans la plaine, le château de Berny avant les modifications apportées par François Mansart. et à mi pente, entre les deux, à droite, le château de Tourvoye. Les seigneurs de Fresnes, Berny et Tourvoie, appartenant à des familles de parlementaires pour la plupart, vont se succéder. Nous avons déjà parlé de Philippe de Cannaye, seigneur de Fresnes, conseiller d'Henri IV et ambassadeur du Roi à Venise, qui est inhumé dans l'église Saint Eloi en 1610.

LE CHATEAU ET LE PARC DE BERNY:

Le voici dans toute sa splendeur, après les modifications apportées par François Mansart. Les premiers propriétaires connus, avant le XVIIe siècle, sont les Brûlart, une famille de parlementaires. En 1623, Pierre Brûlart de Sillery, nouveau propriétaire, fait remanier le château par François Mansart, alors jeune architecte.
Les propriétaires se succèdent: Pomponne de Bellièvre, président du Parlement de Paris d'abord ( il y recevra les conjurés de la Fronde); Hugues de Lionne, ministre d'Etat, en 1653 (il y donne de somptueuses fêtes), puis son fils. En 1685, l'abbaye de Saint-Germain des prés achète le château: il deviendra une résidence de campagne pour ses abbés. Des personnages prestigieux -et libertins- s'y succèdent , comme le cardinal de Fürstenberg, puis en 1737 Louis de Bourbon-Condé, prince du sang, comte de Clermont , abbé de Saint Germain , qui y vivra avec ses maîtresses ...
Déjà délaissé avant la Révolution, le château sera peu à peu détruit à partir de 1808. Il sera au XIXe s une fabrique de meuble. Le parc deviendra un haras  et sera transformé en hippodrome :les courses de chevaux qui y sont organisées seront prisées des Parisiens de 1834 à 1893. En 1928, les écuries deviennent un complexe sportif, l'US Métro. Il n'y a plus aucune trace apparemment des Haras de Berny.

Que reste-t-il du château de Berny?

Il n'en reste plus qu'une magnifique façade (classée) qui a la particularité d'être intégrée à un immeuble d'habitation!

Autre vue.
C'était une partie de l'aile droite du château.

Quant au parc, il n'en reste rien. Il est totalement occupé par la Peupleraie, un ensemble d'immeubles d' habitation et de pavillons construits par une association d'habitants, les Castors, à partir de 1955.

LE CHATEAU ET LE PARC DE TOURVOIE:

Voici une image du château, déjà très dégradé (date incertaine).

Il avait été construit en 1580, pour Etienne Charley, président aux Enquêtes. Louis de Bourbon Condé, propriétaire de Berny, l'acquerra au XVIIIe siècle pour y installer sa maîtresse, Marie-Elisabeth Leduc, une danseuse de l'Opéra. Une galerie souterraine reliait paraît-il les deux propriétés.
Le château de Tourvoie a disparu. Nous n'avons pas trouvé à quelle date il a été détruit.

Nous nous sommes rendus dans le quartier de Tourvoie et là...
Le parc  des Sports de la commune a été installé en lieu et place du domaine de Tourvoie. Des immeubles d'habitation à proximité occupent  également l'ancien domaine. L'ancien château se trouvait au fond du parc des sports à l'angle Sud Est du terrain de Foot en pelouse synthétique.

Mais tout n'a pas disparu...

De part et d'autre du parc des Sports, une partie de l'ancien parc de Tourvoie a été conservée, ce qui  offre aux Fresnois un agréable lieu de promenade dans la nature.
A l'entrée, à droite du stade, une statue mythologique (sans doute un satyre et une ménade) , qui maintient l'ambiance des parcs d'autrefois...Comme d'autres statues présentes dans le parc, il s'agirait d'un dépôt de la ville de Paris.

Du bâti du domaine de Tourvoie, il ne reste plus que cet élément de pierre qui borde le cours d'eau qui passe là.

Il s'agit du ru de Rungis, affluent de la Bièvre, qui, donc, traversait donc le domaine autrefois, et est fréquenté par de nombreux canards.
Des canards vient ici: nous avons eu la surprise de découvrir des cantons en automne!

Tiens, une race de canards inhabituelle, parmi les colverts...

Plus loin, nous découvrons une belle perspective automnale sur le ru.

De ce côté, Fresnes organise les fêtes de la commune, me dit-on.


Revenons à présent rue Maurice Ténine ...

LA FERME DE COTTINVILLE:
C'est une ferme de plan carré typique du Hurepoix. Elle a appartenu aux seigneurs de Fresnes du 12e siècle à la Révolution. Elle a échappé à un projet de destruction, et a donc été préservée. Plusieurs de ses bâtiments (étable, bergerie, logis seigneurial, grange dimière) datent du XVII et du XVIIIe siècles. L'écomusée du Val de Bièvre, et le conservatoire de musique à vocation départementale y sont installés, et la grange dimière (grange où l'on entreposait l'impôt -la dîme, un dixième de la récolte- prélevée par l'Eglise ou le seigneur) a été transformée en théâtre.

L'entrée actuelle de la ferme de Cottinville, rue Maurice Ténine.
Au fond, à droite, se profile une immense barre d'immeuble construite après 1950.

Une vue de la cour et du bâtiment d'entrée.
Au premier plan, une charrue jadis utilisée dans cette ferme est exposée.

La porte charretière est singulièrement élevée, les chargements qui y passaient aussi.

Au bout du premier bâtiment, la tourelle date du XVIIe s. Ce devait être une tour d'escalier, à l'angle du manoir seigneurial. Elle a servi un temps de prison. On voit encore les barreaux à la fenêtre.

A droite de l'entrée ce beau bâtiment semble a voir été refait, à la place de l'ancien abattu.

Voici  la grange dimière, prolongée à l'avant et à l'arrière aujourd'hui par des extensions pour les besoins du théâtre.

A l'arrière de la grange, Simone, de l'association des Amis de l'Ecomusée a été content de me montrer qu'une des mares de l'ancienne ferme avait été ici préservée.

En 1970, la ferme était encore en pleine activité, comme le montre l'image ci dessus.

D'AUTRES DECOUVERTES

Le regard  n°3 de l'aqueduc Médicis

Isolé au milieu d'une sorte de place, sous les fils à haute tension, nous découvrons un curieux édifice .Un graphisme intéressant dans ce tableau vu à contre jour...

Il s'agit d'un regard donnant accès à l'aqueduc Médicis, long de 16 km et en grande partie souterrain, qui part de Rungis et aboutit à Paris à la maison du fontainier, derrière l'observatoire. Ce regard dit n°3  est l'un des 27 que compte l'aqueduc et le plus important des 3 situés à Fresnes. A Arcueil, il est à l'air libre pour franchir la vallée de la Bièvre. C'est Marie de Médicis, veuve d'Henri IV, qui le fait construire pour alimenter en eau son palais du Luxembourg. Il est construit entre 1613 et 1624. Il suit de près le tracé d'un ancien aqueduc romain construit pour alimenter en eau les thermes de Cluny et qui lui partait de Wissous. Il est classé aux monuments historiques;

A l'origine, il s'élevait au milieu d'un champ...

A LA RECHERCHE DE LA BIEVRE.

A la tombée du jour, nous parvenons à la dernière étape de notre périple...

LES GRENOUILLEUX:

Autrefois, les habitants de Fresnes étaient appelés les "grenouilleux" par ceux des villages voisins. En effet, à Fresnes, on allait pêcher des grenouilles dans la Bièvre, depuis hélas recouverte. Des parisiens, au XIXe siècle, venaient même à Fresnes exprès pour déguster les grenouilles!

Simone, habitante de Fresnes, confirme:"les Fresnois connaissent bien ce nom de grenouilleux, nous fêtons chaque année au printemps " la fête à la grenouille "; en effet, il y avait dans la Bièvre des grenouilles et quelques restaurants en étaient des spécialistes , les parisiens venaient en manger tout en profitant du lieu encore très bucolique. Il y a encore à Fresnes un restaurant "le red frog" qui cuisine des cuisses de grenouilles... mais elles ne proviennent plus de la Bièvre, cela vaut mieux!!"

Mais la pollution nauséabonde entraînée par les produits que rejettent les nombreuses blanchisseries installées sur ses rives depuis la fin du XIXe siècle décide les autorités à recouvrir l'aimable cours d'eau d'autrefois dans les années 50. La tendance aujourd'hui est de vouloir remettre la rivière à l'air libre. C'est ainsi qu'en 2003 la municipalité de Fresnes découvre une partie de son cours et crée le parc  des Prés de la Bièvre.

C'est ainsi que nous pouvons retrouver une petite partie du Fresnes d'autrefois , et un petit morceau du Hurepoix d'antan : résurrection! C'est aussi  un espace vert précieux dans cette ville très urbanisée qui est ménagé.

On trouve un peu plus loin une fontaine qui correspond à une source .Tout un appareillage a été construit autour pour acheminer l'eau: où? D'ailleurs, on a beau y mettre de l'huile de coude, aucune eau n'en sort quand on actionne le levier...C'est peut-être épisodique.


FIN.

* (1) Sur FRESNES, ville du HUREPOIX, voir l'article:

     QUELLES SONT LES LIMITES DU HUREPOIX?



*A VOIR AUSSI:

FRESNES: DU VILLAGE DU HUREPOIX A LA VILLE DE BANLIEUE.

CLIQUER SUR:


* REMERCIEMENTS à Simone Wajsfelner et Christian Coullaud,  fresnois de longue date, qui ont accepté avec gentillesse de me guider dans leur ville pour que je puisse mener à bien cet article.
Remerciements aussi à Annick Bertheux , présidente de la Société historique de Fresnes, pour les  renseignements concernant les décorations de la façade de l'église.
* Sources: écomusée de Fresnes, site de la mairie, documents de l'église et divers.


*A VOIR ACTUELLEMENT  A LA FERME DE COTTINVILLE jusqu'en février 2018:
une très belle exposition intitulée
HABITANTS, BATISSEURS DE BANLIEUE
Elle retrace l'histoire et l'évolution de la ville depuis l'explosion démographique des années 50-70.
Ecomusée du Val de Bièvre, rue Maurice Ténine. Entrée libre.