mercredi 27 décembre 2017

ENQUETE: QUELLES SONT LES LIMITES DU HUREPOIX?


On définit aujourd'hui le Hurepoix comme la région naturelle comprise entre la Seine au nord, la Brie à l'est, la Beauce au sud, la forêt de Rambouillet à l'ouest.
Cette définition laisse du flou. Avant le XVIIe siècle, la localisation et l'extension du Hurepoix étaient plus qu'incertaines.  Les cartographes du XVIIe et du XVIIIe siècle se contredisent encore sur le sujet.


Carte de 1754 (source: bibliothèque nationale).


Cette carte ancienne, qui nous a été communiquée par un internaute, fixe à peu près les limites du Hurepoix telles qu'on les voit aujourd'hui.
La "région naturelle" du Hurepoix s'étend jusqu'à Paris au nord, jusqu'aux abords d'Etampes au sud. Elle englobe hardiment la région de La Ferté Alais à l'est. A l'ouest, elle englobe Chevreuse, Dampierre, les Vaux de Cernay, Rochefort en Yvelines, Saint-Arnoult en Yvelines...

Région naturelle?
On peut la définir comme un plateau prolongeant la Beauce , mais creusé par les vallées de plusieurs rivières qui convergent vers la Seine: vallée de la Bièvre au nord, puis de l'Yvette, de l'Orge et de ses affluents la Rémarde et la Renarde, de la Juine qui rejoint l'Essonne, et enfin de l'Ecole au sud est.
Cette carte de l'hydographie de l'Essonne montre bien cette structuration:

De ce point de vue, on peut dire que la région a une certaine unité, même s'il existe des paysages très variés en son sein.

LA CARTE  de Claude et Jacques SEIGNOLLE (1936):

Préparant un ouvrage sur le folklore du Hurepoix, ils ont cherché à déterminer les limites de la région; ils l'ont fait en allant demander aux habitants ayant une attache familiale locale ancienne: vivez-vous en Hurepoix?

A l'issue de leurs recherches, bien que considérant la carte de 1754 comme la plus fiable, ils en ont élaboré une autre qui est légèrement différente: au nord ouest, pour eux, des communes comme Le Mesnil Saint Denis et environs, Montigny le Bretonneux, ou encore Meudon font bien partie du Hurepoix. A l'ouest, Clairefontaine en Yvelines serait la limite extrême. Au sud, comme dans la carte de 1754, ils n'englobent pas Etampes. En revanche, au sud est, ils incluent la vallée de l'Ecole et donc une frange de la Seine et Marne.
Les départements d'aujourd'hui correspondant à l'ancien Hurepoix seraient: le plus gros de l'Essonne, la frange sud est des Yvelines, une partie du Val de Marne et des Hauts de Seine, une frange de la Seine et Marne.

LA RIVE GAUCHE DE LA SEINE A PARIS, LIMITE NORD?

Longtemps Paris s'est arrêtée à la montagne Ste Geneviève... On peut donc dire que les zones situées plus  au sud faisaient à l'origine partie du Hurepoix!
Pour parler d'une période plus récente, on sait par exemple que le quartier de l'actuelle place d'Italie (la Butte aux cailles notamment) n'a été incorporé dans Paris qu'en 1860; la Butte aux cailles appartenait jusque là à Gentilly, donc faisait encore clairement partie du Hurepoix.

AUJOURD'HUI LA REFERENCE AU HUREPOIX EST PLUTOT UTILISEE DANS LA PARTIE SUD DE LA REGION:

Les références au Hurepoix abondent dans la partie sud, principalement entre Palaiseau et la région de Dourdan. 2 villes accolent le mot à leur nom: Limours en Hurepoix, et Marolles en Hurepoix. Il existe un musée du Hurepoix à Palaiseau. Un chemin de grande randonnée, qui semble joindre la vallée de la Bièvre au Dourdannais, a été baptisé "GR des pays du Hurepoix". De multiples associations ou entreprises se réfèrent au Hurepoix : comité du Hurepoix (club de bridge) à Marcoussis, Sictom du Hurepoix, Hurepoix multiservices à St Michel sur Orge, société des artistes du Hurepoix à Ste Geneviève des Bois, Hurepoix Kendo club à Bonnelles...Certaines associations ignorent superbement le h aspiré dans leur désignation: l'Ensemble musical de l'Hurepoix aux Molières; la cave de l'Hurepoix, à Limours; les archers de l'Hurepoix à Dourdan; les pépinières de l'Hurepoix à Vert le Grand ; la Geste de l'Hurepoix (association médiévale) à St Michel sur Orge..etc..Un nouveau festival à Saint-Chéron a pris le nom de Hurepoix'Folies...
La seule mention plus septentrionale que nous trouvons est à Sceaux, avec le "groupe des centraliens Sceaux-Hurepoix".

Les rues du HUREPOIX:

Un internaute me communique  une recherche sur les "rues du Hurepoix" dans la région: il y en aurait par exemple à Limours, Brouy, Corbreuse, Brétigny sur Orge, Ablis, Lisses , communes toutes situées dans la partie sud. On en trouve même une à Savigny le Temple, village de Seine et Marne en principe hors Hurepoix : dans ce cas, on peut penser que c'est la rue qui mène vers le Hurepoix (ce qu'il faudrait vérifier). Tout ceci laisse penser que le sentiment d'appartenance au Hurepoix est plus fort dans le sud.
Mais, découverte intéressante, il existait une rue du Hurepoix à Paris, sur la rive gauche de la Seine, au nord du quartier latin: en 1805 elle a été rattachée au quai des Grands Augustins. C'est la partie actuelle du quai qui va du Pont Saint-Michel à la rue Gît le Cœur, elle est donc parallèle à la Seine. Peut-on y voir un signe du fait que le Hurepoix n'était pas loin? Nous avons dit que vraisemblablement à l'origine, le Hurepoix avait comme limite la rive gauche de la Seine.

La rue du Hurepoix à Paris - Dessin de 1860. Musée Carnavalet.

Stéphane Gautier, de Dourdan, me transmet un formidable document extrait d'un ouvrage daté de 1789 et que voici.

Non seulement ce document nous donne une origine du mot Hurepoix, mais il confirme implicitement que le Hurepoix autrefois s'étendait jusqu'à la rive gauche de la Seine, puisque l'Université (quartier latin) était considérée comme faisant partie du Hurepoix (ce qui n'était plus le cas en 1789). On a aussi la raison pour laquelle il existait une "rue du Hurepoix" à Paris. Il est amusant de constater que les "gens du monde" employaient le mot Hurepoix avec une connotation péjorative. Etre du "quartier du Hurepoix" était mal vu d'eux.

Un sentiment d'appartenance en partie perdu:
On peut penser qu'en raison de l'urbanisation massive de la partie Nord et de la disparition en conséquence du paysage naturel et de l'essentiel de l'habitat d'origine, on ne peut plus guère "se sentir du Hurepoix" dans cette zone. D'autant plus que les nouveaux habitants viennent d'autres régions, les autochtones se sont vraisemblablement raréfiés, on n'a plus conscience d'une telle appartenance. Il est donc logique que ce soit dans le sud, où le paysage et les vestiges de la ruralité, et aussi du patrimoine historique, sont toujours là, bien visibles, que la conscience d'une telle appartenance soit plus grande.

On pourrait presque dire qu'il ne reste plus à cet égard de l'ancien Hurepoix que la partie sud, comprise entre Verrières le Buisson et Dourdan.

Néanmoins, dans les zones plus urbanisées au patrimoine ancien riche, il est certain aussi que les "sociétés historiques" locales jouent leur rôle pour contribuer à une prise de conscience de cette appartenance .

LE CAS DES ULIS:
Aux Ulis, de même, ville créée de toutes pièces il y a 40 ans, on n'a pas de passé local lointain, d'autant que tous les habitants viennent d'ailleurs, souvent d'autres continents. Mais justement, je crois qu'il est intéressant d'inciter chacun, s'il est attaché au lieu où il vit, à prendre conscience de l' identité ancienne du territoire où se trouve sa ville, et de se l'approprier davantage; non? D'autant que dans ce cas précis, le Hurepoix en tant que paysage est à portée de vue! Il suffit de traverser une route, au sud  de la commune, pour se retrouver dans un cadre encore très rural.
Plusieurs lieux dits préexistant à la ville sur le plateau ont servi à nommer des résidences ou des voies de la ville. Son avenue principale a pris le nom de "champs lasniers" par exemple. Les références au pays où la ville a émergé n'ont donc pas été totalement gommées.

C'est grâce à un échange dans le nouveau groupe J'AIME LE HUREPOIX que nous venons de créer sur FACEBOOK  que nous avons pu réunir ces documents:
REJOIGNEZ-NOUS sur Facebook!

Merci à Stéphane Gautier, de Dourdan, qui nous a fourni fourni la carte de 1754 et plusieurs autres documents fort intéressants.

Merci à Ludo Cassinari, des Ulis, de ses contributions.

Merci aussi à Renée Delattre, du syndicat d'Initiative de Vauhallan, des indications qu'elle nous a fournies.


Autre source: Le folklore du Hurepoix par Claude et Jacques Seignolle 1936 (réédité en 1978) .Edition G.P.MAISONNEUVE ET LAROSE, PARIS 1978.


                                               LE HUREPOIX VU PAR PEGUY:

Nous arrivons vers vous du noble Hurepoix
C’est un commencement de Beauce à notre usage,
Des fermes et des champs taillés à votre image,
Mais coupés plus souvent par des rideaux de bois

Et coupés plus souvent par de creuses vallées
Pour l’Yvette et la Bièvre et leurs accroissements,
Et leurs savants détours et leurs dégagements.
Et par les beaux châteaux et leurs longues allées.         (C. Péguy)

les beaux châteaux et leurs longues allées.  C. Peguy
Parc du château de Jeurre.

mercredi 6 décembre 2017

Antoine CHINTREUIL, peintre d'Igny et de la Bièvre.

Le peintre paysagiste Antoine Chintreuil (1814-1873 ), fit, entre 1850 et 1856, de nombreux séjours à Igny, où il retrouvait son maître Corot. Il réalisera pas moins de 138 tableaux d'Igny et de la Bièvre. Il a su rendre notamment la poésie de ce paysage aux premières heures du jour et  à la tombée de la nuit, ce qui lui jouera d'ailleurs un mauvais tour, car la fraîcheur de ces moments lui vaudra d'attraper une pleurésie dont il ne se remettra jamais vraiment...
Il est considéré comme un précurseur de l'impressionnisme.
                                                                      
Voici quelques exemples de ses tableaux figurant ...

                                     La Bièvre et Igny:


Bois d'Igny au bord de la rivière. Un tableau déjà impressionniste...

Bois d'Igny au bord de la rivière. Autre version.

La passerelle dans les prés.

Une variante.

Rivière dans les prés Igny 1853-55.
Soir d'automne - 1853.

Anciennes carrières  de meulière à Igny.

Vaches au pré à Igny.

Les rogations à Igny. 1853.
Travaux d'aiguille au soleil à Igny.

La vallée de la Bièvre - 1872.

D'autres sources d'inspiration:
Né en 1814 à Pont de Vaux, dans l'Ain, il commence à dessiner et peindre dans sa ville natale, puis, en 1836, gagne Paris pour y tenter sa chance. Il y connaîtra Corot qui le conseillera. Il s'échappe ensuite de Paris à la belle saison pour s'inspirer des paysages d'Igny(1850-1856), et ira se remettre de ses problèmes de santé à Boves en Picardie en 1856. A partir de 1857, il choisit Septeuil (aujourd'hui dans les  Yvelines) comme lieu de villégiature. Tous ces lieux seront pour lui des sujets d'inspiration. Il peindra aussi des marines lors de séjours à Boulogne, Fécamp et Dieppe. Il meurt à Septeuil en 1870.
ci-dessous quelques uns de ses plus beaux tableaux, parfois pré-impressionnistes..

Les vapeurs du soir -1870. Palais des Beaux Arts de Lille.

Le soir- 1855. Palais des Beaux Arts d'Arras
.
Brumes et rosée. Musée de Bourg en Bresse.

L'automne.

Chemin dans les bois 1865. Musée des Beaux Arts d'Arras.

Le soleil boit la rosée...

Paysage.
Le bouleau blanc -Musée de Bourg en Bresse.

Pommiers et genêts en fleurs. Musée d'Orsay.

Intérieur de bois au mois de mai. Ciel bleu.

Le chemin creux.


Peintre au repos.

L'espace 1869 - Musée d'Orsay.

L'ondée , considéré comme son chef d'œuvre -1868, musée de Francfort.
Paysage près du lac Majeur.

La mer au soleil couchant - Fécamp.





samedi 2 décembre 2017

Rivières du Hurepoix: la BIEVRE, la rivière disparue.

La Bièvre à Igny vue par Antoine Chintreuil -1853

                            La Bièvre, rivière du Hurepoix.
On le sait, la Bièvre est l'une des rivières du Hurepoix. Longue de 34, 6 km de long, elle prend sa source à Guyancourt, dans un quartier qui correspondait autrefois aux terres de l'ancienne ferme royale de Bouviers, et  elle rejoignait primitivement la Seine au niveau du pont d'Auzterlitz. Aujourd'hui elle se jette dans le collecteur principal des égouts de Paris! A sa source, elle est à 159 m de hauteur, et à 37 m au confluent avec la Seine. De nombreux moulins parsemaient son cours. Il n'y en avait pas moins de 24 , en comptant ceux de ses affluents.
        
Moulin sur la Bièvre à Arcueil.
                                              
Le mot "bièvre" vient peut-être de "biber" qui signifie "castor" (animal disparu de la région depuis le 13e siècle) ou de "beber" qui signifie "brun", ceci renvoyant à la couleur de ses eaux.
C'est pour la qualité des eaux de la Bièvre qu'Oberkampf crée en 1760 à Jouy en Josas la manufacture fabriquant la célèbre toile de Jouy. Pour contrôler cette qualité, il avait pris soin d'ailleurs de se rendre acquéreur des terres, à Guyancourt, où se trouvait la source de la rivière.
Le charme de la haute vallée de la Bièvre était encore chanté en 1831 par Victor Hugo dans son poème intitulé justement: La Bièvre. Il faisait à cette époque de fréquents séjours au château des Roches à Bièvres, chez son ami Bertin, directeur du Journal des Débats.

Une rivière au fond ; des bois sur les deux pentes.
Là, des ormeaux, brodés de cent vignes grimpantes ;
Des prés, où le faucheur brunit son bras nerveux ;
Là, des saules pensifs qui pleurent sur la rive,
Et, comme une baigneuse indolente et naïve,
Laissent tremper dans l'eau le bout de leurs cheveux.

Là-bas, un gué bruyant dans des eaux poissonneuses
Qui montrent aux passants lés jambes des faneuses ;
Des carrés de blé d'or ; des étangs au flot clair (...)


Oui, c'est un de ces lieux où notre coeur sent vivre
Quelque chose des cieux qui flotte et qui l'enivre ;
Un de ces lieux qu'enfant j'aimais et je rêvais,
Dont la beauté sereine, inépuisable, intime,
Verse à l'âme un oubli sérieux et sublime
De tout ce que la terre et l'homme ont de mauvais !
La Bièvre - Extraits. 1831.

Elle a aussi inspiré des peintres, comme le paysagiste Antoine Chintreuil (1814-1873 ): entre 1850 et 1857, il fait de nombreux séjours à Igny, où il retrouve son maître Corot. Il réalisera pas moins de 138 tableaux d'Igny et de la Bièvre. Il a su rendre notamment la poésie de ce paysage aux premières heures du jour et  à la tombée de la nuit, ce qui lui jouera d'ailleurs un mauvais tour, car la fraîcheur de ces moments lui vaudra d'attraper une pleurésie dont il ne se remettra jamais vraiment...

La Bièvre à Igny représentée par Antoine Chintreuil: Soir d'automne.1853.

Les étangs de la Minière à Guyancourt  créés au XVII e siècle à partir de ses eaux pour alimenter les fontaines de Versailles et réguler le cours de la rivière (elle sortait volontiers de son lit) sont encore aujourd'hui un lieu de promenade très apprécié dans la région.

Les étangs de la Minière en automne.

                                                     La rivière disparue.
Au XIXe siècle, en raison notamment des produits rejetés dans son eau par les nombreuses blanchisseries, tanneries, teintureries  qui se sont installées sur ses rives, sans compter les déchets des abattoirs ou des hôpitaux, elle devient vite un égout nauséabond à ciel ouvert, et elle va être canalisée et recouverte sur la plus grande partie de son cours entre 1864 et 1935.

Blanchisseries à Arcueil-Cachan au bord de la Bièvre.

Elle n'est restée à ciel ouvert que jusqu'au parc Haller à Antony.
La Bièvre est donc restée à l'air libre dans des communes comme Jouy en Josas, Bièvres, Igny, Verrières le Buisson ou encore Massy. A Fresnes, L'Hay les Roses, Cachan, Arcueil, Gentilly et Paris elle était couverte.

                  Vers une remise à l'air libre de la rivière?      
Certaines portions de son cours viennent d'être découvertes: un tronçon de 300 m à Fresnes depuis 2003, ce qui a entraîné la création du parc des Prés de la Bièvre,  et de 600m à L'Haÿ les Roses depuis 2016, le long de l'avenue Flouquet.
A Paris, des projets dans ce sens ont été envisagés, mais n'ont pas  abouti pour l'instant en raison notamment des coûts nécessaires.

Parc des prés de la Bièvre à Fresnes: un exemple de remise à l'air libre de la rivière.

           SUR LES TRACES DE LA BIEVRE A PARIS.
Ici, nous sommes encore dans l'ancien Hurepoix, qui, on en a la preuve, comprenait jadis toute la rive gauche de la Seine. Rappelons que la Butte aux Cailles faisait encore partie de Gentilly, ville du Hurepoix, jusqu'en 1860.
A Paris, pour l'instant, la Bièvre reste enfouie, et souvent profondément . En effet dans le 13e, un comblement important de sa vallée a été réalisé. La Bièvre coule ainsi à 7 m sous les remblais.
 
Voici comment la Bièvre était recouverte à l'entrée dans Paris (1)

Alors comment retrouver sa trace dans la ville?
Un certain nombre d'indices existent ou ont été créés.
Nous avons fait un tour dans le quartier.

                                                                     
                                                                                                                             
Sur ce plan,  le ou plutôt les cours de la Bièvre dans le 13e Paris ont été tracés approximativement. En effet, deux bras se séparent à l'entrée dans Paris, un bras mort à l'ouest , qui est le cours d'origine; un bras vif à l'est , creusé sans doute au XVIIIe s, pour assurer un courant plus régulier aux moulins, au nombre de 7 sur Paris - moulin à blé ou à tan (ils broyaient des écorces) à l'origine. Ils se séparent à l'entrée dans Paris  et se réunissent en bas de l'avenue des Gobelins. La Bièvre traverse le 13e, le 14e et le 5e arrondissements. Notre balade concernera le 13e et le 14e arrondissements


CLIQUER SUR LE PLAN pour l'agrandir.



La Bièvre, après avoir traversé Gentilly, entre dans Paris par la poterne des Peupliers. On aperçoit ici un pont qui passait au dessus de la rivière autrefois (une rue l'a remplacée). La poterne des Peupliers se trouve un peu au delà.

Des noms de rues ou de lieux sont aussi révélateurs: comme ici le nom de cette rue. Autre exemple:le quartier Glacière, tout proche,  tient son nom de la glace venue des eaux de la Bièvre récoltée en hiver et utilisée pour conserver les aliments.

Un balisage par des plaques de ce type dans certaines rues  permet aussi au curieux de repérer le cours caché de la Bièvre.

Est-ce la Bièvre ? Non, mais on peut voir dans cet espace où a été aménagé une pièce d'eau dont les berges ont été pourvues de plantes aquatiques un clin d'œil à la Bièvre toute proche.


Nous rejoignons le boulevard Blanqui que nous allons traverser.

Autre point de repère : la courbe de certaines rues, comme celle-ci, s'expliquent par le fait qu'elles ont été construites sur le tracé de la Bièvre enfouie.

Cette plaque au sol en atteste.


Tanneries au bord de la Bièvre dans Paris 13e à la fin du XIXe siècle (1).


Ce groupe en visite dans le quartier se trouve dans le vaste square  René Legal,  créé en 1936 sur l'emplacement de l'île aux Singes, cernée par deux bras de la Bièvre. Ce nom vient du fait que les bateleurs laissaient leurs singes en liberté sur l'îlot. Le lit de l'ancienne rivière y est matérialisé par une allée d'arbres, à l'origine des peupliers. C'est l'un des sites, avec le square Kellermann ou les abords du Jardin des Plantes, où l'on pourrait assez facilement faire réapparaître la Bièvre à ciel ouvert.

Tiens, le cabaret de Madame Grégoire: il a vu passer bon nombre de célébrités comme Chateaubriand, Lafayette ou encore Victor Hugo...


La belle courbe de la rue Berbier du Mets, ainsi que celle du bâtiment qui la longe, qui n'est autre que l'arrière de la manufacture des Gobelins, nous rappelle une fois encore que nous sommes au dessus du lit de la Bièvre! Une inscription sur la façade rappelait que la manufacture se devait d'entretenir la Bièvre sur tout le tronçon de la rivière passant devant le bâtiment. Elle a bien participé aussi à sa pollution!
Cette aquarelle du début du XIXe siècle nous montre le même endroit du temps où la Bièvre y passait. On voit là aussi  l'abside de la chapelle de la manufacture.

Au passage, coup d'œil sur la superbe fresque murale qui orne ce bâtiment.

Après être passés devant le bâtiment du Mobilier National, nous découvrons le
palais de la Reine Blanche (à gauche), qui se trouvait sur une île de la Bièvre. A droite , on aperçoit une des mégisseries qui bordaient la rivière. Ce palais fut construit  au bord de la Bièvre au début du XVIe siècle par la famille Gobelin, propriétaire de la manufacture. Il tient son nom d'un château antérieur du XIIIe siècle, édifié pour Marguerite de Provence, sœur de Saint-Louis, et dans lequel sa fille Blanche de France, veuve de Ferdinand, infant de Castille ,résidera ensuite. Le château prendra ce nom au XIVe siècle, et après sa destruction, l'appellation restera.. Le blanc était aussi la couleur du deuil pour les Reines.

Nous gagnons ensuite l'avenue des Gobelins.

Au passage, nous admirons la façade monumentale de la manufacture  donnant sur l'avenue. Créée en avril 1601 sous l'impulsion du roi Henri IV, elle tisse toujours des tapisseries pour orner nos monuments nationaux. Ce premier bâtiment, qui constitue une galerie d'exposition, date du XIXe siècle.


On distingue au fond de la cour des bâtiments du XVIIe siècle

La balade sur les traces de la Bièvre peut également se poursuivre dans le 5e arrondissement voisin.

NB: suite à des fouilles archéologiques, on pense que la Seine , au centre de Paris s'est installée dans l'ancien lit de la Bièvre, suite à des inondations. En fait, primitivement, elle coulait plus au nord.Le lit initial de la Seine ne s'est pas asséché tout de suite, et un marais s'est formé entre les deux lits, d'où le nom de l'actuel quartier du Marais.
FIN.

Remerciements à Didier Rousselet, habitant du quartier, qui nous l'a fait découvrir.

(1) Merci à Stéphane Gautier  de nous avoir communiqué ces documents complémentaires (groupe Facebook: J'AIME LE HUREPOIX).